Vent de révolte en Iran

Il y a quelques semaines à peine tous les citoyens de l’Union Européenne ont été appelés à voter pour élire leur Parlement. La participation fût faible… C’était pourtant l’occasion d’exprimer l’un des droits les plus importants acquis de haute lutte au cours de l’histoire, l’une des occasion de réaliser pleinement le contrat social qui nous lie tous. Mais apparemment, de telles considérations n’agitent plus les foules. dans nos contrées Cependant, la situation n’est pas la même partout et dans les pays où le mot « élections libres » est interprété par le pouvoir en place, certains votants se révoltent: c’est typiquement le cas de l’Iran en ce moment même.

Heureusement dans le monde actuel, il ne faut pas aller bien loin pour suivre ce qui arrive « en ce moment même »: Twitter. C’est un site internet de « micro-blogging » (un billet ne doit pas dépasser 140 caractères) aujourd’hui utilisé par plusieurs millions de personnes à travers le monde. L’équipe derrière ce site a ajouté une fonctionnalité de recherche à la définition évocatrice: See what’s happening — right now. Alors pour suivre ce qui se passe dans les rues de Téhéran, je suis allé ici http://search.twitter.com/ puis j’ai cliqué sur le Trending topic #iranelection et là, toutes les secondes, des billets apparaissent.

Par exemple, j’ai pu suivre en temps réel l’annonce de l’attaque suicide à la bombe sur le mausolé de Khomeini, puis le fait que cette annonce ne soit diffusée que par Press TV, organe financé par le gouvernement iranien. Idem, j’ai pu suivre l’avancée des policiers dans les rues de Téhéran, et ce aidé de Google Map.

J’ai également pu voir certaines vidéos postées sur YouTube, par exemple celle-ci montrant des manifestants faisant reculer les policiers en criant « Down with Khamenei »:

ou celle-là d’une réflexion déchirante avec vue des toits de Téhéran la nuit du 19 au 20 juin:

Et parmi l’avalanche de twitt (nom donné aux messages sur Twitter), j’en ai retenu un menant à cet article sur le site du Washington Post écrit par deux doctorants de Columbia University. En bons statisticiens, lorsqu’ils ont lu les nouvelles selon lesquelles les élections présidentielles en Iran étaient truquées, ils ont décidé d’en avoir le coeur net. En premier lieu ils ont récupéré sur le site du Ministère iranien de l’Intérieur le nombre de votes reçus par les quatre candidats principaux, et ce dans plusieurs régions. Puis, si par exemple Ahmadinejad a reçu 14579 votes dans une province particulière, ils se sont intéressés aux deux derniers chiffres de ce nombre: « 7 » et « 9 ».

Et pourquoi donc? Parce que les psychologues ont montré que les humaines n’étaient pas très bons à inventer des nombres aléatoirement: on a tendance à sélectionner certains chiffres plus souvent que d’autres. S’il n’y a pas de fraude, chaque chiffre (0,1, 2, 3…9) devrait apparaître dans des proportions uniformes à la fin des nombres de votes. Dans la même veine, on a tendance à sélectionner des nombres avec des chiffres adjacents: on préfère 23 à 17 par exemple.

En regardant ce genre de choses dans les résultats des élections iraniennes, nos deux statisticiens, Bernd Beber et Alexandra Scacco, ont montré qu’effectivement on pouvait observer des irrégularités et que celles-ci étaient très improbablement dues au hasard seul. La main des Bassidjis ?

fraude des Bassidjis versus loi statistique

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