Tendance d’une implacable nécessité

Tout le monde a, un jour ou l’autre, entendu parler de la pyramide de Maslow. Bien que cette représentation soit une interprétation quelque peu abusive de la théorie de la motivation dudit Maslow (voir son article original ici), on ne peut négliger le fait que les besoins physiologiques (manger, boire, dormir… ) soient une implacable nécessité. Je m’attacherai principalement dans la suite à disserter sur ce besoin que certains tournent en plaisir, manger. Et comme le suggère le titre de ce billet, l’histoire n’est pas si simple, surtout au regard de l’évolution de l’agriculture et des habitudes alimentaires de dernières décennies.

Comme on en parle beaucoup dans les journaux (ici, ici, …), et ayant une difficulté persistante à véritablement comprendre quelque chose tant qu’on ne me donne pas de chiffres, j’ai rassemblé ci-dessous quelques données quantitatives à mon avis intéressantes. De ces données qui concernent la société (économie, santé…) ressort une tendance que l’on pourrait résumer en « moins d’agriculteurs, moins de dépenses alimentaires, plus de mal-bouffe »:

  • en 1955, il y avait ~ 6 millions d’actifs agricoles, ils n’étaient plus que 2 millions en 1988 et maintenant 1 million en 2007 (source: INSEE), alors qu’en parallèle, la population active était de 19 millions en 1955, 24 millions en 1988, et 27 millions en 2004 (source: INSEE);
  • en 1960, 25% de la dépenses de consommation des ménages étaient destinés aux produits alimentaires, contre 15% en 1990, et 12.5% en 2006 (source: INSEE);
  • en 1997, 8.5% des Français étaient obèses, contre 14.5% en 2009 (source: ObEpi-Roche).

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En parallèle, il est intéressant d’observer la chronologie qui nous mène de la découverte de l’ADN au séquençage de génomes d’organismes d’intérêt agronomique:

  • en 1944, Avery, McLeod et McCarty découvre que l’ADN est le support de l’information génétique;
  • en 1953, Watson et Crick découvre la structure de l’ADN, une double hélice de nucléotides;
  • en 1977, Sanger et ses collègues sont les premiers à séquencer un génome, celui d’un virus de bactérie;
  • en 1996, l’article « Life with 6000 genes » est publié, le premier génome d’eukaryote (une levure) a été séquencé;
  • en 2001, un génome humain est séquencé (partiellement, mais quand même);
  • en 2004, un génome de riz est séquencé, en 2009 c’est le tour du maïs, bientôt celui du blé. Les animaux ne sont pas en reste, avec la vache dont le génome vient d’être séquencé, le mouton est en route… (plus d’infos ici)

Alors bien sûr, tout ça peut faire peur, ou tout du moins lever des questions, voyez à ce propos cette vidéo. Je la trouve très bien réalisée (techniquement parlant) et sous-entendant (plutôt que posant) des questions légitimes. Malheureusement, non seulement aucune réponse n’est apportée mais la façon de traiter le sujet, bien que narrativement et esthétiquement attirante, est très mal choisie !

L’idée est de représenter un agriculteur (plus ou moins) du futur gérant sa ferme comme il gère son ordinateur. Encore une fois c’est très bien fait, l’idée du copier-cloner est bien trouvée par exemple. Par contre, en montrant à la fin le déluge de messages d’erreur, l’incapacité à maîtriser l’outil lorsqu’il part en vrille, etc… l’auteur de la vidéo joue sur la méconnaissance et donc la méfiance instinctive que l’on peut avoir vis-à-vis de quelque chose qu’on ne connaît pas, qu’on ne comprend pas, ce qui est notamment le cas avec les avancées technologiques.

Bien sûr, toute avancée technique contient en elle-même les germes de problèmes futurs, c’est le mythe de Dédale. Ce n’est donc pas tant un barrage qu’il faut dresser sur le cours des avancées mais plutôt un canal pour les orienter. Le séquençage du génome humain permet d’abord de mieux comprendre, puis diagnostiquer et enfin traiter certaines maladies. Il permet aussi de remonter les généalogies en suivant les mutations dans l’ADN de tout individu. A nous donc, citoyens et scientifiques, d’empêcher qu’il soit aussi utiliser pour faire de la discrimination à l’embauche sur la base d’une prédisposition à un quelconque cancer par exemple.

Et bien pour l’agriculture, dont l’origine fût un évènement d’une importance incommensurable dans l’histoire des hommes (lire Guns, Germs and Steel de Jared Diamond), il nous faut aborder les biotechnologies de la même manière, avec prudence et curiosité. Elles font partie des réponses aux défis actuels, et doivent être appréciées en tant que telles. Aujourd’hui, certains politiques et industriels promettent peut-être trop, et trop vite; à nous donc, citoyens et scientifiques, d’ajouter au débats les avantages et inconvénients des biotechnologie, et de replacer ces nouvelles technologies dans le contexte de l’agriculture mondiale.

Car en effet, le futur de l’agriculture tel que vu uniquement par la lorgnette des biotechnologies est un non-sens. L’agriculture est une activité humaine à multiples facettes. Elle structure les sociétés plus qu’on ne le pense, surtout dans les pays pauvres, et tout Français vivant actuellement a du sang de paysan coulant dans ses veines. L’agriculture est aussi une activité économique par excellence, à l’origine des premiers produits dérivés dont le sous-jacent pouvait être une récolte de maïs. Elle façonne également les territoires et inspire les artistes depuis toujours.

Mais dans notre monde présent, l’agriculture est comme oubliée du grand public, alors même qu’elle bloque les négociations à l’OMC. On se plaint du pouvoir d’achat en vue de s’acheter une Wii, tout en refusant d’acheter fruits et légumes à des prix convenables pour les agriculteurs qui les produisent. Cette situation devrait changer grâce à la considération de plus en plus grande apportée aux problématique environnementales. En effet, en France, l’agriculture occupe 55% du territoire national et génère 20% des émissions de gaz à effet de serre (source: ADEME). La question de l’agriculture est très liée à celle des ressources, celles-ci ayant de grandes implications géopolitiques.

L’implacable nécessité de manger nous a donc emmené loin, vers des questions trop importantes pour être négligées, mais également d’une complexité folle. Comment problématiser le sujet ? Comment évoluer, changer les habitudes, partager les richesses du sol ? Quel rôle a le scientifique dans ce monde-là ? Que peut-il ou doit-il répondre, lui qui se bat dans l’inconnu, face à la société qui demande des réponses claires ? Dans quel cadre le biologiste, l’informaticien, l’agronome, le géographe, l’économiste, le sociologue, voire l’agriculteur, le militant associatif, le politique, … peuvent-ils travailler ensemble ?

ps: désolé pour ce billet un peu fouilli, à prendre comme une réflexion en marche plus qu’une réflexion aboutie…

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