De la taille des classes à l’engagement éducatif

Questions sensibles: la France manque-t-elle de profs ? Les classes sont-elles surchargées ? Est-ce grave de ne pas renouveler le départ d’un fonctionnaire sur deux au Ministère de l’Education Nationale (MEN) ?

  • Quelle est l’évolution du nombre d’élèves par classe au primaire en France ?

  • Quelle est la distribution du nombre d’élèves par classe au collège en France ? Différences public-privé ?

  • Quelle est la distribution du nombre d’élèves par classe au lycée (général+technologique) en France ? Différences public-privé ?

D’après ces données tirées du rapport « Repères et références statistiques 2009 » du MEN, les classes sont plus chargées dans le privé en CP-CM2 et au collège, mais c’est l’inverse au lycée. Ainsi, dans un contexte de restriction budgétaire, il semblerait qu’il n’y ait pas vraiment de problème concernant la taille des classes en France, sauf au lycée o`u un bon paquet de classes publiques ont au minimum 30 élèves.

Mais tout cela repose sur l’hypothèse selon laquelle de faibles effectifs permettent d’améliorer le niveau des élèves. Sur ce sujet difficile, je ne peux que vous rediriger sur cette introduction de Jean-Richard Cytermann à un séminaire de l’EHESS sur ce sujet. On y apprend que ce n’est pas en dépensant plus, notamment en formant et embauchant plus de profs, qu’on améliore le niveau des élèves, sachant qu’on ne peut pas non plus associer un prof à chaque élève…

Cependant, on se dit intuitivement que ce type d’effort (plus de profs), même s’il ne peut pas être réalisé partout, devrait être entrepris pour les établissements dits « prioritaires ». En effet une étude fouillée de Piketty et Valdenaire montre que « des politiques réalistes de ciblage des moyens peuvent avoir un effet considérable sur la réduction des inégalités scolaires ». Mais ils montrent aussi que ce ciblage, s’il a beaucoup d’impact au niveau du primaire, n’en a que peu au niveau du collège, voire très peu au niveau du lycée: « ces politiques gagneraient probablement à se concentrer sur les plus jeunes élèves ».

Les auteurs précisent: « Il est sans doute illusoire de prétendre utiliser de telles politiques pour corriger les inégalités accumulées à l’âge de l’adolescence, âge pour lequel d’autres types de politiques sont probablement plus adaptés (comme par exemple des dispositifs d’admission préférentielle dans les filières sélectives du supérieur pour les élèves issus de lycées défavorisés). En revanche, pour ce qui est du primaire, et dans une certaine mesure du collège, nos résultats indiquent que la relative modestie des politiques de ciblage des moyens en faveur des écoles et collèges défavorisées actuellement en vigueur en France peut difficilement se justifier par l’idée selon laquelle de telles politiques ne marchent pas. D’après nos estimations, il est tout à fait possible de réduire substantiellement l’inégalité des chances scolaires en France au niveau du primaire et du collège, pour peu qu’on le souhaite. »

Ainsi, pour résumer, il faudrait accentuer les efforts sur les zones prioritaires en diminuant encore la taille des classes du primaire. D’après les chiffres du premier tableau de ce billet, les écoles publiques ont déjà de l’avance sur les écoles privées. Mais on pourrait (devrait) aller plus loin puisque c’est le moyen le plus efficace de réduire les inégalités de « chances scolaires » sur le long terme.

Les questions qui se posent maintenant sont les suivantes: comment inciter plus de professeurs des écoles à enseigner dans ces zones ? Via des primes ? Via une plus grande liberté d’action ? Via une mise à disposition de moyens accrus par rapport aux autres établissements ? D’ailleurs, comment se répartissent dans les ZEP les professeurs des écoles en fonction de leur ancienneté ? Comment les jeunes professeurs jugent-ils leur formation en IUFM ?

A ce sujet, une note d’information très intéressante du MEN d’octobre 2001 intitulé « Devenir professeur des écoles » apporte beaucoup de réponses:

  • 25% de ceux qui sont peu ou très peu satisfaits de leur première affectation à la sortie de l’IUFM sont en ZEP ou en zone rurale;
  • 43 % des enseignants jugent les élèves indisciplinés en ZEP contre 23% hors ZEP, 59% les jugent de niveau faibles contre 16% hors, 81% parlent d’hétérogénéité en ZEP contre 57% hors;
  • la moitié des enseignants s’estiment dans l’incapacité d’enseigner en ZEP

Ce sont donc des efforts redoublés qu’il faut fournir pour donner à tous une « chance scolaire ». Et ces efforts-là, je ne suis pas sûr que ce soit en réclamant plus d’argent et de postes qu’on les fournit… Au contraire, on a besoin d’engagement, d’idées, de motivation, d’entraide ! Ce n’est pas le ministère qui y peut quoi que ce soit: pour l’instant l’administration a réussi le pari  d’amener 80% d’une classe d’âge au bac. C’était un objectif voulu par la société, on y est arrivé. Maintenant, pour atteindre l’équité scolaire, c’est à chaque citoyen de s’impliquer.

Les initiatives existent, entre les profs qui font découvrir la science à coup d’expériences (association « La main à la pâte« ), les grand-parents qui vont dans les écoles pour donner le goût de la lecture (association « Lire et faire lire« ), les doctorants qui font découvrir le monde de la recherche (association « Paris Montagne« ), … Et vous, à la rentrée prochaine, est-ce que vous allez toquer à la porte de l’école à côté de chez vous et dire « me voilà, je veux faire une activité avec l’une de vos classes ? »

2 commentaires pour De la taille des classes à l’engagement éducatif

  1. Leïla dit :

    A-t-on une idée des raisons qui font que l’impact est plus grande au primaire et au collège? Y-a-t-il des enquêtes sociologiques là-dessus?
    Sinon super billet! Je te rejoins sur l’appel à se lancer dans des initiatives autour de chez soi et sur ce qu’on aime.

    • walrus dit :

      Je ne sais pas la raison, à part intuitivement que c’est plus facile de remettre à niveau des élèves jeunes, les inégalités étant moins importantes. Une fois que plusieurs années d’école se sont écoulées, le fossé peut être « trop » grand et donc très difficile à combler. Et puis les « très » jeunes sont connus pour être plus « plastique » non ?
      Mais si quelqu’un connaît une bonne étude sociologique sur ce type de question, je suis preneur. Pour que ce soit bien convaincant, il faudrait pouvoir comparer deux classes d’âge, par exemple 6-10 ans et 12-16 ans, avec mise en situation d’apprentissage. Enfin, ça n’a pas besoin d’être quelque chose de trop « sérieux », cette vidéo est assez convaincante par exemple !

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