« Learning about nature through provisional knowledge » as universal legacy

11 janvier 2011

Science is one of the pillars of civilization and liberal democracy, as that eminent philosopher of science, Karl Popper, convincingly argued. It is, he said, « one of the greatest spiritual adventures man has yet known ». Because science rejects claims to truth based on authority and depends on the criticism of established ideas, it is the enemy of autocracy. Because scientific knowledge is tentative and provisional, it is the enemy of dogma. Because it is the most effective way of learning about the physical world, it erodes superstition, ignorance and prejudice, which have been at the root of the denial of human rights throughout history, whether through racism, chauvinism or the suppression of the rights of women.

Dick Tavern, Nature v459, 2009

 

Indeed…

Yet it is important, when exposing such a view, to distinguish between science and its consequences (which are not « science » although they can be studied scientifically). I know some people  (me included) who acknowledge that things start to complicate once knowledge derived from science exits the inner circle of so-called « appointed scientists » to enter mass media, political cenacles, private companies, school/university teaching, etc, and this for numerous reasons (divergent interests, lack of time, environment pressure).

However, the reverse is true also. Miseries and vagaries of scientific understanding among people should not let us forgot that science is about going on doubting, aware of our ignorance but determined to expand our knowledge, ever and ever, through experiments and conceptualizations. And the words of Taverne, e.g. « tentative and provisional », are very much appealing to me. In the same vein, Richard Feynman once said that « science is the belief in the ignorance of experts » (talk here).

The challenge is all about conciliating science and its consequences, and being aware of what science is should not be too damaging.

Why writing all this? Because this topics was quite hot a few weeks ago…


Un grand, entre fulgurance et modestie

28 avril 2010

Jacques Le Goff: « J’aimerai demander à Lévi-Strauss une question qui serait indiscrète: quelle est la couleur qu’il préfère. »

Claude Lévi-Strauss: « Si j’étais fidèle à mes principes, je dirai qu’il n’y a pas de couleur en soi. Une couleur n’existe jamais que par rapport à une autre couleur, à quoi elle s’oppose ou qui l’entoure. Mais enfin, jouons franc jeu si je dois répondre à la question. Et bien je dirai le vert, et Le Goff sait mieux que moi pourquoi, parce que c’était le couleur du chevalier errant. »

Extrait de l’émission « Réflexions faites » au cours de laquelle Jean-Pierre Vernant, Pierre Bourdieu, Jacques Le Goff, André Comte-Sponville et Michel Tournier parlent de l’influence qu’a eu Claude Lévi-Strauss sur eux et leur travaux

Bloquez-vous une heure et remerciez YouTube de vous permettre de regarder cette émission qui date de 1988:

Je sais ce que je vais vouloir acheter ce week-end… « Tristes Tropiques » m’avait marqué il y a deux ans. Je l’avais emporté pendant un congrès à Barcelone, congrès qui restera le plus intéressant de ma thèse… Est-ce lié ? Toujours est-il que lire « Tristes Tropiques » dans le parc de Montjuïc restera un moment particulier.


Du séquençage de génomes à la culture du riz au Bangladesh, le tout à la sauce science studies

11 avril 2010

Le 25 novembre 2009, le Bangladesh Rice Research Institute (BRRI) annonça la commercialisation prochaine de trois variétés de riz résistant à des inondations. Cette nouvelle est d’une importance considérable pour ce pays qui subit régulièrement des lourdes pertes de rendement pendant la mousson. A peu près au même moment, l’International Finance Corporation (IFC, membre du World Bank Group) fis part d’un partenariat avec Energypac, une entreprise du Bangladesh, afin d’améliorer le secteur semencier de ce pays. Connaissant le faible développement de ce secteur, et donc son efficacité toute relative à produire et distribuer des semences performantes, cette nouvelle semble également importante.

Ainsi, sachant que le riz est, avec le blé et le maïs, l’une des productions agricoles les plus importantes pour la population humaine, ce 25 novembre 2009 doit-il être considéré comme une date charnière ? Ou bien ne faudrait-il pas plutôt remonter aux causes premières, comme par exemple la publication le 10 août 2006 dans la revue Nature de la découverte du gène Sub1A conférant ce type de résistance aux plants de riz le possédant ? Ou encore remonter jusqu’à la publication annonçant le séquençage du génome du riz, parue dans Nature le 11 août 2005 ? Voire remonter plus avant encore ?

Mais surtout, qu’est-ce qui est important dans cette succession de faits ? Comment les raconter ? Que cachent ces années de travail entre le séquençage brut d’un génome, la découverte d’un gène, la sélection assistée par marqueur, les essais en champ, l’autorisation de mise sur le marché, la commercialisation, la distribution, l’achat par les agriculteurs, les premières récoltes… ? Sachant qu’avant le séquençage des génomes ce sont les agriculteurs eux-même qui ont commencé à chercher, instinctivement, intuitivement, à perpétuer les variétés plus résistantes et de meilleurs rendements… Cette spirale infinie entre champs, laboratoires, administrations, marchés, etc, ne vous rappelle donc rien ?

L’hypothèse de cet essai est que le mot « moderne » désigne deux ensembles de pratiques entièrement différentes qui, pour rester efficaces, doivent demeurer distinctes mais qui ont cessé récemment de l’être. Le premier ensemble de pratiques crée, par « traduction », des mélanges entre genres d’êtres entièrement nouveaux, hybrides de nature et de culture. Le second crée, par « purification », deux zones ontologiques entièrement distinctes, celles des humains d’une part, celles des non-humains de l’autre. Sans le premier ensemble, les pratiques de purification seraient vides ou oiseuses. Sans le second, le travail de la traduction serait ralenti, limité ou même interdit. Le premier ensemble correspond à ce que j’ai appelé réseaux, le second à ce que j’ai appelé critique. Le premier, par exemple, lierait en une chaîne continue la chimie de la haute atmosphère, les stratégies savantes et industrielles, les préoccupations des chefs d’Etat, les angoisses des écologistes; le second établirait une partition entre un monde naturel qui a toujours été là, une société aux intérêts et aux enjeux prévisibles et stables et un discours indépendant de la référence comme de la société.

Bruno Latour, Nous n’avons jamais été modernes

Situé dans un coin quelconque de ce monde interprété comme un réseau, balancé entre désir de « traduction » et réflexe de « purification », rien d’autre ne me vient en tête que ces journées de marche folle à travers les vallées de Baitadi, ponctuées de longues palabres, accroupi près d’une école en construction, en équilibre sur une frêle digue d’un canal d’irrigation naissant, environné de buffles et de cultures en terrasse, et accompagné d’amis au sourire éclatant.

Note: quelle coïncidence ! Juste après avoir écrit ce billet je suis tombé sur le documentaire « Main basse sur le riz » réalisé par Jean Crépu. Il y raconte « l’histoire et la vie » du riz, faisant intervenir le producteur, l’exportateur, le négociant, le trader, l’importateur et le consommateur, en passant par la Thaïlande, les Philippines, Genève, le Sénégal et le Mali. Pour finir sur une note d’espoir, telle cette nouvelle variété de riz pour l’Afrique.


Propos d’après guerre

8 octobre 2009

A propos de la bataille d’Angleterre:

Bien des choses ont pu ou pourront nous séparer de nos amis anglais. Il arrive que nous nous comprenions mal. Nous les exaspérons souvent et ils nous déconcertent quelquefois. Mais quoi qu’il arrive, quelques-uns parmi nous n’oublieront jamais l’étonnant spectacle de ce peuple qui alliait le courage du cœur à celui du langage et qui, seul dans l’univers déchaîné, a défendu sa liberté sans élever une seule fois le ton.

[…] Mais le souci douloureux et fier que nous avons de notre pays ne pourra jamais nous rendre ingrat et nous faire oublier ce mois de septembre o`u la vérité humaine qu’on écrasait chez nous remportait sa première victoire dans la libre Angleterre.

Albert Camus, article dans « Combat », 23 septembre 1944

Dans un article sur le rationnement:

Baudelaire prétendait qu’on avait oublié deux droits dans la Déclaration des droits de l’homme: celui de se contredire et celui de s’en aller.

Albert Camus, article dans « Combat », 5 avril 1945

A propos de la mort de Roosevelt:

Il avait le visage du bonheur. […] Qu’est-ce qu’un grand individu, en effet, sinon un homme qui donne son visage, son langage et son action à une grande civilisation ? […] Mais c’est le propre des individus achevés que de parler pour toute leur culture, au moment même o`u ils semblent tenir leur langage le plus personnel. […] Il savait seulement qu’il n’est pas de douleur qui ne se surmonte par l’énergie et la conscience. A ce degré d’expérience, on connaît la valeur des hommes et l’on se met à les aimer. […] La paix du monde, ce bien sans mesure, il vaut mieux qu’elle soit préparée par des hommes au visage heureux que par des politiques aux yeux tristes. […] Et les hommes, au milieu de tant d’égarements, le sentent assez pour qu’un silence passager se fasse parmi eux, au moment o`u cet esprit vient à quitter un monde déraisonnable, qui n’a pas d’autre espoir, justement, que la qualité humaine.

Albert Camus, article dans « Combat », 14 avril 1945

Comment, devant des phrases si justes, au long desquelles le sens voulu par l’auteur se transmet au lecteur dans une clarté limpide, refermer le livre et se coucher ? Et encore, je ne vous recopie pas l’article du 9 mai 1945… Vous le trouverez ici.


Europeana

28 décembre 2008

Le site web Europeana a réouvert. Ce portail permet d’accéder aux collections de grands musées européens, sous formes de textes, d’images, de bande-sons et de vidéos. Mais je préfère la façon dont c’est présenté sur le site:

Europeana.eu is about ideas and inspiration.

On peut notamment y voir ce magnifique portrait de Charles Darwin par Karl Klietsch:

Le site n’indique pas la date de l’œuvre ni si c’est une peinture ou une photo. En farfouillant sur internet, on peut cependant trouver que Karl Klietsch a vécu de 1841 à 1926 et s’est distingué en inventant une méthode de photogravure très précise.

Mais ça me fait aussi penser à un autre débat. C’est amusant de voir ce portrait qui représente bien le grand savant tel qu’on se l’imagine: une barbe longue et fournie surmontée d’un crâne volumineux et chauve au travers duquel perce deux yeux tournés vers l’horizon. Une telle image façonne la perception qu’a le grand public de ce qu’est un chercheur, voire même de ce qu’il doit être. Cela peut amener certains à critiquer la manière désinvolte qu’ont certains jeunes chercheurs à parler de la science… (voir ce billet du Bacterioblog, la réponse à la question 2 plus précisément).

Quoi qu’il en soit, laissons les grincheux de côté et allons explorer Europeana ! On peut y trouver, dans le désordre:


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