Extrait du manifeste censuré de Camus

23 mars 2012

ce qu’il nous plairait de définir ici, ce sont les conditions et les moyens par lesquels, au sein même de la guerre et de ses servitudes, la liberté peut être, non seulement préservée, mais encore manifestée. Ces moyens sont au nombre de quatre : la lucidité, le refus, l’ironie et l’obstination.

Un journaliste libre, en 1939, ne désespère pas et lutte pour ce qu’il croit vrai comme si son action pouvait influer sur le cours des événements. Il ne publie rien qui puisse exister à la haine ou provoquer le désespoir. Tout cela est en son pouvoir.

Un journaliste libre, en 1939, ne se fait pas trop d’illusions sur l’intelligence de ceux qui l’oppriment. Il est pessimiste en ce qui regarde l’homme.

la vérité et la liberté sont des maîtresses exigeantes puisqu’elles ont peu d’amants

il faut convenir qu’il est des obstacles décourageants : la constance dans la sottise, la veulerie organisée, l’inintelligence agressive, et nous en passons

la vertu de l’homme est de se maintenir en face de tout ce qui le nie

Former ces cœurs et ces esprits, les réveiller plutôt, c’est la tâche à la fois modeste et ambitieuse qui revient à l’homme indépendant. Il faut s’y tenir sans voir plus avant. L’histoire tiendra ou ne tiendra pas compte de ces efforts. Mais ils auront été faits.

Texte intégral publié par Le Monde (plus d’infos ici).

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Le courage

27 décembre 2011

Le courage, c’est d’être tout ensemble, et quel que soit le métier, un praticien et un philosophe. Le courage, c’est de comprendre sa propre vie, de la préciser, de l’approfondir, de l’établir et de la coordonner cependant à la vie générale. Le courage, c’est de surveiller exactement sa machine à filer ou à tisser, pour qu’aucun fil ne se casse, et de préparer cependant un ordre social plus vaste et plus fraternel où la machine sera la servante commune des travailleurs libérés. Le courage, c’est d’accepter les conditions nouvelles que la vie fait à la science et à l’art, d’accueillir, d’explorer la complexité presque infinie des faits et des détails, et cependant d’éclairer cette réalité énorme et confuse par des idées générales, de l’organiser et de la soulever par la beauté sacrée des formes et des rythmes. Le courage, c’est de dominer ses propres fautes, d’en souffrir mais de n’en pas être accablé et de continuer son chemin. Le courage, c’est d’aimer la vie et de regarder la mort d’un regard tranquille ; c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ; c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense. Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques.

Jean Jaurès, discours au lycée d’Albi, 1903

(retrouvé par C. après avoir vu Les Neiges du Kilimandjaro de R. Guédiguian)


Qu’est-ce que l’engagement ?

9 juin 2011

L’engagement, cette décision pour une cause imparfaite.

Jorge Semprun

(via l’hommage de Régis Debray)


« Learning about nature through provisional knowledge » as universal legacy

11 janvier 2011

Science is one of the pillars of civilization and liberal democracy, as that eminent philosopher of science, Karl Popper, convincingly argued. It is, he said, « one of the greatest spiritual adventures man has yet known ». Because science rejects claims to truth based on authority and depends on the criticism of established ideas, it is the enemy of autocracy. Because scientific knowledge is tentative and provisional, it is the enemy of dogma. Because it is the most effective way of learning about the physical world, it erodes superstition, ignorance and prejudice, which have been at the root of the denial of human rights throughout history, whether through racism, chauvinism or the suppression of the rights of women.

Dick Tavern, Nature v459, 2009

 

Indeed…

Yet it is important, when exposing such a view, to distinguish between science and its consequences (which are not « science » although they can be studied scientifically). I know some people  (me included) who acknowledge that things start to complicate once knowledge derived from science exits the inner circle of so-called « appointed scientists » to enter mass media, political cenacles, private companies, school/university teaching, etc, and this for numerous reasons (divergent interests, lack of time, environment pressure).

However, the reverse is true also. Miseries and vagaries of scientific understanding among people should not let us forgot that science is about going on doubting, aware of our ignorance but determined to expand our knowledge, ever and ever, through experiments and conceptualizations. And the words of Taverne, e.g. « tentative and provisional », are very much appealing to me. In the same vein, Richard Feynman once said that « science is the belief in the ignorance of experts » (talk here).

The challenge is all about conciliating science and its consequences, and being aware of what science is should not be too damaging.

Why writing all this? Because this topics was quite hot a few weeks ago…


Notes de lecture et cerises de crise

3 décembre 2010
  • Beaucoup craignent cette obligation d’inventer, on ne peut leur donner tort. J’ai l’audace de m’en réjouir. Pourquoi ?
  • Comment mesurer la nouveauté d’un évènement ? Elle est proportionnelle à la longueur de l’ère précédente, que cet évènement clôt.
  • Pour l’avoir lu mille fois dans les livre d’histoire, nous croyons, d’autre part et naïvement, que la vieille conduite du peuple romain, réclamant sans cesse panem et circenses, du pain et des jeux, résultait de son état de décadence ou, du moins, le faisait voir. Pas du tout: elle la causait. Croire, en effet, qu’une société ne vie que de pain et de jeux, d’économie et de spectacle, de pouvoir d’achat et de médias, de banque et de télés, comme nous subsistons aujourd’hui, constitue un tel contresens sur le fonctionnement réel de toute collectivité que ce choix exclusif, erroné, la précipite vers sa fin pur et simple, comme on l’a vu pour la Rome Antique.
  • Nous dépendons enfin des choses qui dépendent de nous. Étrange boucle, difficile à gérer. Nous dépendons, en effet, d’un monde dont nous sommes en partie responsable de la production. Nous entrons dans cette ère anthropocène.
  • Qui va parler au nom de la Biogée ? Ceux qui la connaissent et lui ont consacré leur vie.
  • […] les six grands bouleversements cités proviennent tous, sans aucune exception, de la recherche scientifique et de ses applications: agronomie, médecine, pharmacie, biochimie, physique nucléaire, sciences de la vie et de la Terre… Les scientifiques ont donc déjà manifesté le pouvoir de transformer la face du monde et la maison des hommes. […] De plus, et contrairement aux industries et aux instances financières, seule la science a l’intuition et le souci du long terme.
  • […] qui prendra la parole en Biogée ? Les savants. […] Qu’ils disent le bien commun. […] Qu’ils définissent un nouveau travail, orienté vers la reconstruction. Que, d’après ses codes propres, ils énoncent les lois de la Biogée. […] Pourraient-ils se séparer du complexe militaro-industriel et couper toute relation avec les secteurs de l’économie qui détruisent le monde et affament les hommes ?
  • Les Sciences de la Vie et de la Terre parlent la langue propre à la Biogée. Elles réinventent, aujourd’hui, une pluridisciplinarité, fédérée autour d’elles, fédération qui peut conduire à un enseignement propre à passionner tout le monde, donc à susciter une autre société.
  • […] les choses de la Terre et de la vie, comme nous codées, savent et peuvent recevoir de l’information, en émettre, la stocker, la traiter.
  • Signer un contrat naturel paraît aujourd’hui moins une obligation juridique et morale qu’une évidence de fait.
  • […] aucune règle éthique ne sait ni ne peut interdire, au préalable, l’exercice libre de la recherche collective du vrai; que telle recommandation morale intervienne après l’invention, l’innovation ou la réalisation nouvelles, et elle se rend inefficace par là même. Comment s’y prendre pour qu’une loi morale s’exerce avant, pendant et après toute recherche ?
  • Premier et ancien serment: Pour ce qui dépend de moi, je jure: de ne point faire servir mes connaissances, mes inventions et les applications que je pourrai tirer de celles-ci à la violence, à la destruction ou à la mort, à la croissance de la misère ou de l’ignorance, à l’asservissement ou à l’inégalité, mais à les dévouer, au contraire, à l’égalité entre les hommes, à leur survie, à leur élévation et à leur liberté.
  • La religion géra les hommes; en prétendant les défendre, l’armée les gouverna et, souvent, les asservit; enfin, l’économie se mit à régir leurs vies, parfois implacablement. […] Qui prend aujourd’hui le relais ? Le savoir, aux accès désormais faciles, une pédagogie accessible, la démocratie de l’accès général. […] Que les savants puissent parler au nom de la Biogée exige qu’ils prêtent un Serment dont les termes les libèrent de toute inféodation aux trois classes précédentes. Pour devenir plausibles, il faut que, laïques, ils jurent ne servir aucun intérêt militaire ni économique.
  • […] toute hiérarchie précédente se fondait sur la rétention de l’information, sur le verrouillage d’une rareté […] La hiérarchie, c’est ce vol. […] Aujourd’hui, ô paradoxe, la plus belle mine d’or réside dans les données, je veux dire vraiment données: à la disposition de tous et partagées. Cet accès universel change la nature même du pouvoir. […]  La liberté, c’est l’accès.
  • Non seulement l’accès, possible, mais l’intervention, active. Le nouvel habitat permet à chacun, ignorant, inexpert, indigent, pauvre ou misérable, mineur en tous ordres, de s’y instruire, de s’y investir, d’y donner son opinion, de participer aux décisions, de partager l’expertise, bref, de rester attentif à son propre destin et actif dans celui de la collectivité. Voici que vient un vote en temps réel et généralisé, qui permet de rêver à une authentique démocratie de participation, puisque l’égalité règne, ici, aussi bien pour l’intervention, libre, que par l’accès, facile.
  • Quel drame pour la pensée que la vieille morale de l’engagement politique ! […] Urgent à entreprendre, voici un petit travail par lequel les engagés pourraient recommencer: travailler à la Réforme de l’Entendement.
  • Douces, les trois révolutions de l’écriture, de l’imprimerie et de l’ordinateur ont bouleversé l’histoire , les conduites, les institutions et le pouvoir de nos sociétés, de manière beaucoup plus fondamentale que les changements durs, ceux des techniques de travail, par exemple.
  • Je le répète, dur se dit du travail à l’échelle entropique: coups de marteau sur un burin, fonte de l’acier, moteurs, bombes nucléaires. Doux se dit des actes d’échelle informationnelle: traces, marques, signes, codes et leur sens.
  • Je promets, pour demain, un long livre sur ce Doux.

Michel Serres, Temps des crises (2009)

 

 

Un court livre (80p.) le long duquel j’ai oscillé entre de nombreux acquiescements manifestes et quelques désaccords tranchés, plutôt des déceptions réalistes.

Quelques questions pour l’avenir: comment quantifier le potentiel d’inventions d’un système (dans le sens, sa capacité à produire de l’information) ? (cela nécessitant de définir ce qu’on entend par information…); comment créer les conditions pour qu’un message soit sélectionné, du type « que les savants puissent parler au nom de la Biogée exige qu’ils prêtent un Serment » ? (quand on sait les difficultés actuelles); comment favoriser l’accès aux données ? (en parlant d’accès aux données…); comment, au delà de l’accès aux données, insuffler le « don d’information » among our fellow citizens ? (par « don d’information », j’entends « enseignement », « pédagogie », etc)


Utiliser R pour placer des lycées sur la carte d’Ile-de-France

12 septembre 2010

Prenons un exemple au hasard, tiens, une liste de lycées d’Ile-de-France. Je veux apprendre à utiliser R pour tracer une carte de l’Ile-de-France et y placer dessus les lycées de ma liste.

Pourquoi R ? parce que c’est un environnement informatique de calcul statistique disposant de fonctionnalités graphiques, et puis c’est libre et gratuit, et ça fonctionne sur Windows, Linux et Mac OS. Donc tout lecteur de ce billet peut tester sur son propre ordinateur si je ne raconte pas n’importe quoi.

Tout d’abord, il me faut récupérer les données géographiques de ma carte. Pour cela, je vais sur le site GADM (global administrative areas) qui met gracieusement à disposition une base de données contenant les coordonnées spatiales des régions administratives du monde entier. Puis je télécharge les données correspondant à la France, niveau 2, au format « R data ».

Avant d’aller plus loin, je dois installer plusieurs librairies R spécialisées dans les coordonnées spatiales: « sp », « maptools », gpclib » et l’excellent « ggplot2 ». La procédure d’installation est simple: ouvrez R et utilisez la commande install.packages( « sp » ). Pour ceux qui utilisent Ubuntu, l’installation de « maptools » directement dans R utilise trop de mémoire (voir ce thread). Il faut donc l’installer via la commande suivante:

$ R CMD INSTALL --no-latex package.tar.gz

Maintenant, je dois apprendre à manipuler les coordonnées spatiales dans R afin de tracer la carte en question. Pour cela, j’ouvre R, je charge les librairies dont j’ai besoin, je charge les données spatiales, je les convertis et je les trace:

library(ggplot2)
library(sp)
library(maptools)
library(gpclib)
gpclibPermit()
load("FRA_adm2.RData")
gadm_idf <- gadm[ gadm$NAME_1 == "\xcele-de-France", ]
idf <- fortify( gadm_idf, region="ID_2" )
qplot( long, lat, group=group, data=idf, geom="polygon", colour=I("white") )

Et voilà, on obtient le graphique ci-dessous:

Voilà une bonne chose de faite. A présent, je dois récupérer les coordonnées géographiques exactes des lycées qui m’intéressent (longitude et latitude). Heureusement Google Maps permet de faire ça mais il faut au préalable activer cette fonctionnalité (en savoir plus ici). Je reconnais que c’est un peu long et fastidieux, mais à la fin vous obtenez quelque chose comme ça:

lycée Jean Rostand,Mantes-la-Jolie,48.998052,1.696765

lycée Romain Rolland,Ivry-sur-Seine,48.800683,2.392895

etc…

Enfin, il ne me reste plus qu’à ajouter un point sur la carte à l’emplacement de chaque lycée. Pour cela rien de plus facile, commençons par ajouter le lycée Jean Rostand dont les coordonnées sont ci-dessus:


qplot( long, lat, group=group, data=idf, geom="polygon", colour=I("white") )
last_plot() + geom_point( aes(x, y, group=1), colour="red", data=data.frame(x=1.696765, y=48.998052) )

Pour ajouter tous les lycées d’un coup et placer des points de taille proportionnelle au nombre d’élèves dans ces lycées, voici la marche à suivre. Les données sont maintenant prises au hasard, à titre d’exemple. La fonction « theme_whiteMap() » n’est utilisée qu’à titre esthétique.


n <- 80
lycees 0, 1, 0))
lycees$bac[lycees$bac < 0.3] <- NA
lycees <- lycees[ lycees$lat1.5, ]
theme_whiteMap <- function(base_size = 12)
{
structure(list(axis.line = theme_blank(),
axis.text.x = theme_blank(), axis.text.y = theme_blank(), axis.ticks = theme_blank(),
axis.title.x = theme_blank(), axis.title.y = theme_blank(),
axis.ticks.length = unit(0.3, "lines"), axis.ticks.margin = unit(0.5, "lines"),
legend.background = theme_rect(colour = NA),
legend.key = theme_rect(colour = "grey80"), legend.key.size = unit(1.2, "lines"),
legend.text = theme_text(size = base_size * 0.8),
legend.title = theme_text(size = base_size * 0.8, face = "bold", hjust = 0),
legend.position = "right",
panel.background = theme_rect(fill = "white", colour = NA),
panel.border = theme_blank(),
panel.grid.major = theme_blank(),
panel.grid.minor = theme_blank(),
panel.margin = unit(0.25, "lines"),
strip.background = theme_blank(), strip.text.x = theme_blank(), strip.text.y = theme_blank(),
plot.background = theme_blank(),
plot.title = theme_text(size = base_size * 1.2, face = "bold"), plot.margin = unit(c(1,
1, 0.5, 0.5), "lines")), class = "options")
}
png( "ex_lycees_idf.png", width=600, height=500 )
pl <- qplot(long, lat, data = lycees, geom = "point")
pl <- pl + geom_polygon(aes(group=group), data=idf, colour=I("lightcyan4"), fill=I("transparent"))
pl <- pl + geom_point(aes(colour = bac, shape = factor(internat), size = eleves))
pl <- pl + theme_whiteMap()
pl <- pl + opts(title = "Exemples de lycées en Ile-de-France")
pl <- pl + labs(colour = "Réussite au bac", shape = "Internat", size = "Nombre d'élèves")
print(pl)
dev.off()

Au final, on obtient une carte avec plein d’infos dessus:

Merci à TJ sans qui j’étais bien incapable de faire tout ça…

Les observateurs auront remarqué que j’ai publié ce billet dans les catégories « Politique » et « Science ». La première parce que les données sont fortement inspirées des activités d’une association « œuvrant pour la cité ». La deuxième parce que l’acquisition de données, leur analyse et leur visualisation sont au cœur du travail quotidien des scientifiques.


Solidarité

5 septembre 2010

Je ne peux pas t’aider, je n’ai rien à te donner. Mais toi, tu peux m’aider à aider les autres.

Abbé Pierre

(source)


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